|
|
|
|
|
|
Münich : la ''bio'', pour une eau non traitée SOLAGRO 75 voie du TOEC 31076 TOULOUSE CEDEX France Münich : activement soutenus par la municipalité, les
agriculteurs virent au “ bio ”… La ville de Münich incite depuis 1991 les agriculteurs situés
dans la zone d’influence des points de captage d’eau à se convertir à
l’agriculture biologique. Au robinet des münichois aujourd’hui : une
eau pure et non traitée. Solagro s’est rendue sur place en 1999. Enquête. (Nota : données chiffrées non actualisées...) Comment Münich, agglomération de 1,3 million d’habitants,
peut elle faire encore aujoud’hui l’économie de tout traitement de
potabilisation de l’eau ? Une partie de la réponse se trouve dans les décisions
prises à la fin du siècle dernier. A cette époque, le système d’alimentation en eau de la
ville à partir des eaux de la vallée du Mangfall est mis en place. Bien
que distante de 40 km, cette vallée, qui assure aujourd’hui 80 % de
l’approvisionnement de l’agglomération est choisie pour sa pluviométrie
élevée, la capacité filtrante des sols, et surtout pour son altitude, qui
permet une adduction gravitaire. A cette époque aussi ; la municipalité procède à
l’acquisition des terres agricoles du bassin hydrographique du Mangfall.
La plupart des terrains sont ensuite boisés, l’idée, avant-gardiste pour
l’époque, est de créer un filtre naturel épurateur des eaux, lequel est
“ propriété de la ville ” sur 1600 ha. D’ailleurs, et cela ne doit
rien au hasard, la gestion et l’exploitation de ces boisements est assurée
par le service forestier municipal pour le compte du service municipal
des… eaux. Une stratégie payante puisque - 1200 analyses
microbiologiques et 200 tests chimiques mensuels en font foi - les 110
millions de m3 consommés chaque année par les habitants de Münich et ses
20 communes environnantes sont, sans traitement préalable, d’une qualité
qui s’apparente à celle d’une eau minérale. Début des années 90, toutefois, le service des eaux
(privatisé en 1998) note avec inquiétude la très lente (mais constante
depuis 30 ans) augmentation des teneurs en polluants d’origine agricole.
Certes, les chiffres sortis des éprouvettes sont loin d’être inquiétants.
Les plus mauvaises analyses font état d’un maximum de 15 mg de
nitrate/litre en 1989 et de 0,065 microgramme de pesticides au cours de
l’année 1993, valeurs qui sont très en dessous des valeurs limites de la
directive “ nitrate ” (50 mg/l) et de la directive “ pesticides ”
(0,5 microgramme/l). L’alerte est tout de même prise très aux sérieux. Acquérir
des terres dans le périmètre des zones de captages pour les boiser est une
solution vite écartée compte tenu des tensions sur le foncier. La ville décide donc d’encourager l’agriculture
biologique sur l’ensemble des terres agricoles situées amont, dans la
vallée du Mangfall. Encourager, le mot est de toute évidence trop faible
puisque au fil des ans, la ville va intervenir très directement, sur tous
les maillons de la filière, de la production à la commercialisation, la
ville se faisant par ailleurs fort d’assurer des débouchés aux produits
biologiques dans ses propres établissements : crèches, cantines… Un soutien à tous les
échelons et sur le long terme Dans un premier temps, la ville a délimité le périmètre de protection des captages, soit une zone de 6000 ha dont 2250 de terres agricoles à “convertir”, le reste étant occupé par la forêt. Ce zonage fait, la ville mobilise deux personnes sur ce
dossier et se rapproche d’associations de producteurs dont la notoriété
n’est plus à faire (Demetter, Bioland, Naturland) pour faire passer le
message auprès des exploitants. Principal enseignement de cette phase de
sensibilisation : la nécessité d’aider financièrement et techniquement
les exploitants à passer le cap. La municipalité finance intégralement le
premier conseil prodigué par les associations de producteurs “ bio ”
aux candidats à la conversion, ainsi que les contrôles annuels, les
agriculteurs devant pour leur part adhérer à l’association de leur
choix. A ces aides s’ajoute une aide municipale versée aux
producteurs pour “ honorer leur contribution à la protection de l’eau,
compenser la diminution des rendements et les investissements ” . Montant
: 281 euros/ha pendant les 6 premières années dites de démarrage, et de
230 euros/ha les 12 années suivantes, peu importe si la terre est en propriété
ou en fermage. Ces aides municipales ne sont pas exclusives des aides versées
par l’Etat (environ 152 euros/ha et par an pendant 5 ans) dans le cadre
des programmes agronvironnementaux. Ce qui représente pour les agriculteurs
qui cumulent les deux dispositifs, près de 433 euros / ha et/ an pendant 5
ans, soit , sur la base d’une SAU moyenne de 24 ha, une aide globale
annuelle de 10367 euros par exploitation. Les agriculteurs, qui ne veulent pas ou qui ne peuvent pas
remplir le cahier des charges pour l’élevage (pâturage obligatoire,
contraintes au niveau de la stabulation) mais qui remplissent tous les
autres critères exigés, reçoivent au titre de membres “ libres ” de
l’association, une aide de 137 euros par ha/an. Par ailleurs, les
agriculteurs en marge du périmètre bénéficient des aides sur l’intégralité
des parcelles, si une partie de la SAU est à l’intérieur du périmètre
de protection. Les associations d’agriculture biologique ont pour leur
part fondé un groupe de travail, lequel, lui aussi activement soutenu par
la ville, s’occupe de la transformation des produits biologiques par des
entreprises spécialisées et de l’ouverture de débouchés dans les
commerces. Mission accomplie à 90
% La première année (1993) 23 exploitations contractualisent pour une surface totale de 800 ha. En 1999, ils sont 92 sur environ 2200 ha dont 1600 ha dans la
zone proprement dite de conversion, 600 ha à l’extérieur. Il reste 15
derniers agriculteurs qui ne sont pas encore convertis, mais cela serait
paraît il une question de temps…Cette conversion rapide a été favorisée
par le fait que, dans cette région dominée par l’élevage, les surfaces
sont essentiellement des prairies… Tous comptes faits…
Pour la municipalité, le coût du programme de soutien à
l’agriculture biologique - 0,83 M euros /an (soit 1 centime d’euro par
m3 d’eau distribué) – n’est pas excessif dans le mesure où la ville
évite de coûteux traitements. A titre de comparaison, le coût de la seule
dénitrification est estimé en France à environ 30 centimes d’euros /m3. Reste que les bavarois profitent encore très mal de cette
ressource de qualité puisqu’ils ont l’habitude de boire à table de
l’eau gazeuse. Le service de l’eau incite les münichois à gazéifier
eux-mêmes l’eau du robinet. Mais n’oublions pas que les münichois sont
aussi des grands buveurs de bière et que pour faire 1 litre de bière, il
faut 30 litres d’eau d’excellente qualité ! Philippe POINTEREAU,
Isabelle MEIFFREN, SOLAGRO . Article rédigé pour (et publié par ) ''Campagnes solidaires'', ''Silence'', ''Forêt Française''... |
|